Bilan de l’objectif « Faire taire les armes d’ici 2020 »

Introduction

Depuis leur accession à l’indépendance, les États Africains sont en proie à des crises et conflits qui minent leurs aspirations au développement. En effet, l’Afrique est représentée comme une oasis de tumultes où la croissance et le développement du continent continuent d’être obérés par de nombreuse situations conflictuelles. Entre la période 1970 et 2002, l’Afrique a été le théâtre de 35 guerres dont une grande majorité étaient des conflits internes. En 2020, 30 conflits politiques ont été enregistrés, contre 27 en 2019. Parmi les sources de conflits on peut citer la montée et l’expansion du. Terrorisme et de l’extrémisme violent, les conflits à caractères identitaires ou encore les conflits liés aux ressources naturelles.

Malgré les efforts déployés, cet état de dégénérescence n’a pas vraiment connu d’amélioration dans la mesure où les dynamiques de conflits persistent. Cette situation plus qu’alarmante s’alimente par un trafic d’armes et un transfert irresponsable et mal contrôlé de ces munitions. Ainsi, alertée par cette problématique, l’Union Africaine, dont le principal objectif est d’assurer l’unité et la prospérité d’une Afrique en paix, sonne le tocsin à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’organisation. Réunis à Addis-Abeba, le 26 mai 2013, Les chefs d’États et de gouvernement du continent, dans une déclaration
solennelle, se sont engagés à faire de l’Afrique un continent pacifique. Cette aspiration partagée a donné naissance au projet “Faire taire des armes d’ici 2020” de l’agenda 2063.

L’Agenda 2063 est une initiative mise en place par l’UA. Elle a pour objectif de relever des défis politiques, économiques et sociaux par le biais d’un plan d’action s’étalant sur une durée de 50 ans. Un des quatorze (14) défis phares sur lequel l’UA met l’accent sur les moyens, est l’urgence de faire taire les armes.

L’utilisation et la circulation d’armes en Afrique a longtemps été une problématique sécuritaire liée aux questions de paix et de sécurité. Ceci s’explique par une propagation rapide d’armes légères et de petits calibres se retrouvant la plupart du temps en possession de civils, d’acteurs non-étatiques, d’organisations transnationales. En effet, dans un monde globalisé, caractérisé par l’intangibilité et la perméabilité des frontières, le trafic et l’utilisation des armes sur le continent continue de se développer à une vitesse exponentielle. On estime qu’environ 40 millions d’armes légères circulent illégalement dans le continent au moment où les entités publiques n’en détiennent que 20%s, selon l’Atlas des armes.

Dès lors, de nombreuses analyses ont été menées sur la question, mettant en exergue les avancées notables de l’aspiration, mais aussi les retards occasionnés. Ainsi, dans leur note d’analyse sur le projet « faire taire les armes », les analystes politiques Tsion Tadesse Abebe et Ottilia Anna Maunganidze, après avoir signalé la capacité du projet à pouvoir réduire les déplacements forcés, ne manquent pas de souligner les obstacles qui pourraient porter atteinte à sa réalisation. Ils citent notamment trois raisons principales à savoir : le manque de cohérence conceptuelle sur la question, la prévalence des conflits et la mauvaise gouvernance. Selon les auteurs, l’initiative pâtit d’une absence de mise en perspective. Les interprétations qu’en ont fait les différents organes de l’Union ne concordent pas, chaque organe lui attribue une signification spécifique résultant ainsi d’un manque de consensus pouvant s’avérer comme un frein à l’atteinte de l’objectif visé. De même, concernant la prévalence des confits ainsi que la mauvaise gouvernance ils présentent des facteurs d’échecs dans la perspective où ils continuent de s’amplifier en étendant leurs tentacules d’un pays à un autre. Steve Tiwa Fomekong, doctorant en droit international à l’université de Laval, abonde dans le même sens. Dans sa note de recherche portant sur l’évaluation de la mise en œuvre du projet continental. Il met en exergue certains points qui font prévaloir l’échec de l’initiative tout en proposant des solutions à ceux-ci. Il qualifie le projet d’«illusoire» du fait de la courte échéance qui lui a été assignée. Ce présent article dresse un bilan non exhaustif du projet « faire taire les armes d’ici 2020 ». Il nous renseigne sur les dynamiques de conflit, les actions et les moyens déployés afin d’obtenir des résultats qu’il nous sera amenés d’en apprécier le contenu et enfin émettre des recommandations. Pour cela il sera question d’étudier dans une dimension plus globale les entraves institutionnelle, sociale, politique qui pèsent sur une telle initiative.


Contexte sécuritaire africain marqué par la recrudescence de conflits

Retenu comme l’un des 14 projets phares de l’Agenda 2063, ce projet de l’UA aurait dû en principe s’achever en 2020 afin que l’Afrique devienne un continent pacifié. Cependant, compte tenu de l’émergence de nouvelles menaces, l’Assemblée de l’UA a tenu une session spéciale le 6 décembre 2020 sur l’objectif « Faire taire les armes », visant à repousser l’échéance de la mise en œuvre de la feuille de route principale de l’UA à 2030, avec des évaluations systématiques tous les deux ans.

Le coordonnateur de l’initiative « Faire taire les armes » au sein du Département des Affaires Politiques, Paix et Sécurité à la Commission de l’Union africaine, M. Advelkader Araoua, a déclaré que : « La prolongation de la durée de vie de la feuille de route principale de l’UA sur les mesures pratiques pour faire taire les armes en Afrique jusqu’en 2030, est un test de notre capacité à tenir nos engagements pour libérer le continent africain des guerres, des conflits civils, des crises humanitaires, des violations des droits humains, de la violence sexiste et des génocides».

Le diagnostic depuis la déclaration solennelle de 2013 s’est à la fois soldé des difficultés et quelques quelque peu de succès non négligeables. L’analyse de l’initiative se fera en deux parties ; en mettant en avant les avancées réalisées dans la mise en œuvre de l’objectif, puis les obstacles rencontrés et les raisons pour lesquelles l’objectif n’a pas été atteint.

Crédit : the United Nations


I) Les avancées réalisées dans la mise en œuvre de l’objectif « Faire
taire les armes »

Structures et organisme de mise en œuvre de l’initiative

Depuis l’adoption de la feuille de route principale 2016, de nombreuses nominations ont été faites au niveau continental pour créer les structures nécessaires à la mise en œuvre, la vulgarisation et la représentation diplomatique pour faire taire les armes des fusils. Parmi ces nombreux efforts, citons :

  • La mise en place d’une Unité de coordination « Faire taire les armes 2020 » au sein du bureau du Président de l’UA ;
  • La nomination d’envoyés spéciaux et de Représentants spéciaux pour les conflits en Soudan du Sud, Soudan, RDC, Mali, Tunisie et Sahara occidental ;
  • La création de bureaux de liaison de l’UA en Algérie, au Burundi, au Tchad, en Centrafrique, aux Comores, en Côte d’Ivoire, en RDC, en Guinée-Bissau, au Kenya, au Liberia, en Libye, au Madagascar, au Soudan du Sud, Sahara occidental et en Somalie ;
  • La nomination d’un Envoyé spécial sur les femmes, la paix et la sécurité (WPS) avec le mandat de promouvoir la voix des femmes dans la prévention et la gestion des conflits et résolution en janvier 2014 ;
  • Le 4 juillet 2017, l’Assemblée des chefs d’État de l’UA (Sommet de l’UA) a établi FemWise-Africa (Réseau des femmes africaines dans la prévention et la médiation des conflits) pour renforcer le rôle des femmes dans les efforts de prévention et de médiation des contexte de l’architecture africaine de paix et de sécurité (APSA).


Les efforts d’opérationnalisation et de partenariats


La feuille de route principale 2016 est l’élément de base qui peut traduire efficacement les souhaits de l’initiative dans un plan d’action réaliste qui peut servir de base à la mise en œuvre pour parvenir à la paix sur le continent. Cependant il a fallu plus de trois ans après la déclaration de l’initiative pour l’adoption d’une feuille de route afin de guider la mise en œuvre.

Entre 2013 et 2020, plusieurs mesures ont été prises pour faire taire les armes en Afrique. En particulier, des progrès ont été accomplis vers l’opérationnalisation des composantes clés de l’architecture africaine de paix et de sécurité. Des opérations de soutien à la paix de l’UA ont été déployées pour lutter contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Par exemple, la Force multinationale mixte (MNJTF) a été déployée pour lutter contre Boko Haram, tandis que la Force conjointe du G5 Sahel a été déployée dans la région du Sahel. De même, la création du Fonds pour la paix de l’Union africaine a contribué aux progrès en la matière. Selon le deuxième rapport continental sur la mise en œuvre de l’agenda 2063 paru en février 2022, le fonds, qui détient actuellement quelque 60 millions de dollars, a collecté, 230 226 851,51 Dollars E-U le 31 août 2021 auprès de 52 États membres de l’UA, soit 77 % de la contribution totale mise en recouvrement de 297.500.000 Dollars E-U. Sur les 52 pays contributeurs, 25 ont versé l’intégralité de leurs contributions pour la période 2017 à 2021, tandis que 27 ont versé des contributions partielles.

De nombreuses institutions et partenariats sont liés à l’union africaine pour l’opérationnalisation de l’objectif. La Commission de l’Union Africaine a établi un partenariat avec Small Arms Survey, qui a entrepris une étude cartographique des flux d’armes légères illicites en Afrique en 2019. L’Union Africaine dispose d’un partenariat systématique et stratégique avec les nations unies lorsqu’il s’agit du maintien de la paix et de la stabilité du continent. L’adoption de la résolution 2457 (2019) sur la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales et sous régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité est un exemple du renforcement de ces partenariats stratégiques qui s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Faire taire les armes en Afrique d’ici à 2020 ».

Les Initiatives de consolidation de la paix


L’initiative « Faire taire les armes à feu » a permis de réduire la présence des armes à feu au cours des deux dernières décennies dans les points chauds tel que l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Libéria et la Sierra Leone. Selon l’Institute for Security Studies (ISS), des progrès importants ont été réalisés dans des cas difficiles tels que ceux de la Somalie et du Soudan. Les initiatives de consolidation de la paix sur le continent ont également contribué à apaiser les poussées éventuelles de violence.

Les accords de paix signés pour restaurer la paix et la sécurité


Crédit : Crisis international group

Des accords de paix ont pu être conclus entre des groupes rebelles et les forces gouvernementales grâce au soutien et à la médiation principale de l’UA. Bien que ces accords ne soient respectés et mis en œuvre par les parties, il convient d’admettre qu’ils ont contribué à empêcher que ces conflits ne s’enlisent davantage. En République de la Centrafrique par exemple, l’Accord de paix de Khartoum conclu le 6 février 2019 a permis que la capitale, Bangui, ne soit assiégée par les groupes rebelles. Elle a également permis d’enregistrer une baisse, relative, de la violence dans les provinces. De même, l’accord de paix du Soudan a été négocié par l’UE et l’Éthiopie sous le regarde de l’UA. Il clôt dix mois de négociations et pourrait mettre fin à un conflit de 17 ans au Darfour et neuf années dans les deux autres régions. Il a été signé le 5 décembre entre les autorités militaires et les civils et présenté le 24 octobre dernier au mécanisme trilatéral, composé de la MINUATS, de l’Union africaine (UA) et de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).


L’institution d’un gouvernement de transition au Soudan du Sud


Après une guerre civile brutale, ancrée dans les pratiques britanniques sous la colonisation, le Soudan du Sud a déclaré son indépendance du Soudan en 2011. Des tensions persistent au sujet des ressources naturelles, en particulier l’accès aux gisements de pétrole dans le Sud nouvellement indépendant. Ainsi, depuis le début de la guerre civile en 2013, environ 380 000 personnes auraient été tuées et plus de deux millions contraints de fuir leur foyer. Un accord de paix conclu en 2015 s’est effondré à la suite d’affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles. Un nouvel accord de paix «revitalisé » a été signé en 2018, mais les progrès restent lents.


La gestion de la crise en Gambie entre 2016 et 2017


Des efforts ont été soulignés en matière de prévention. Une action de l’Union africaine (UA), de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’ONU et des pays voisins ont été envoyées. La mission de médiation est conduite par le chef de l’État nigérian, Muhammadu Buhari, son homologue libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, et l’ex-président ghanéen John Dramani Mahama. Tous trois faisaient partie d’une mission dépêchée par la CEDEAO exactement un mois auparavant pour presser Yahya Jammeh, à la tête de la Gambie depuis 1994, de quitter le pouvoir après l’expiration de son
mandat.


Les efforts de médiation à Madagascar et dans la République de la Centrafrique


En 2013 en République centrafricaine, après le début d’affrontements entre groupes armés, l’ONU et l’UA, en collaboration avec l’Union européenne, la Communauté de développement de l’Afrique australe et l’Organisation internationale de la Francophonie ont élaboré les bases d’un dialogue qui a permis les élections présidentielles pacifiques de 2018. En février 2019, le gouvernement et 14 groupes armés ont signé un accord de paix qui a réduit la confrontation directe. Ainsi l’ONU, l’Union africaine et d’autres organisations coopèrent à l’appui de l’accord visant à mettre fin à la violence contre les civils, à renforcer et à étendre l’autorité de l’État et à promouvoir le développement socio-économique du pays.

Amélioration des efforts pour freiner la propagation des armes légères et de
petit calibre


En réponse aux défis de la prolifération des armes légères et de petit calibre en Afrique, l’UA a lancé une campagne de collecte des armes illicites circulant dans les États membres en septembre de chaque année jusqu’en 2020. Connu sous le nom de Mois de l’amnistie africaine, l’initiative a été lancée en 2017 dans le cadre de la tentative de l’UA de mettre en œuvre les dispositions de la feuille de route principale.


L’UA a depuis régulièrement exhorté les États membres et les Communautés Économiques Régionales et les Mécanismes Régionaux à intensifier la mise en œuvre de l’initiative en vulgarisant le retrait des armes illicites. Dans l’appui de ces efforts, la Commission de l’Union Africaine a entrepris une cartographie de la prolifération des armes à travers l’Afrique. Les recommandations de cette étude ont ensuite été approuvées par la réunion du 18 juillet 2019 du Conseil de paix et de sécurité (CPS). L’Assemblée des chefs d’État de l’UA a appelé à la dénonciation et à l’humiliation de toute personne impliquée dans la fourniture, le financement et le stockage d’armes illicites. En dépit de ces avancées non négligeable, la situation sécuritaire met en péril l’aspiration 14 de l’agenda 2063, par plusieurs facteurs tel que la structuration de l’Union africaine qui n’est pas adapté aux réalités de l’approche régionale qu’elle prône, tant la coordination et l’harmonisation des actions ne sont pas souvent en phase. L’accroissement de l’insécurité dans le continent est caractérisé par la propagation du terrorisme et de l’extrémisme violent, la résurgence des coups d’État, l’instabilité et les conflits liés aux ressources. Notons ainsi que les clivages identitaires ne font qu’accroitre les conditions des populations et deviennent des sources de conflits comme le cas du Mali au Nord, la Liberia des années 1990. Il nous incombe dès lors d’analyser les facteurs clés rencontrés ainsi que les raisons pour lesquelles l’objectif n’a pas été atteint à la date de son échéance.

II) Mise en échec de l’initiative « Faire taire les armes d’ici 2020 » :
obstacles rencontrés dans sa mise en œuvre


L’Afrique au début des années 2010 a connu une recrudescence des conflits aux causes et acteurs variés. Si ces derniers minent considérablement la mise en œuvre effective de l’objectif, d’autres facteurs plus endogènes sont à prendre en cause :


Les cause structurelles et opérationnelles de l’échec


L’objectif souffre énormément au niveau structurel et opérationnel pour l’application de sa bonne mise en œuvre. En effet, nous pouvons également citer :

  • Le manque de ressources humaines constitue un obstacle face à la réalisation de l’initiative dont le besoin est l’effectif complet de personnes ayant l’expérience, l’expertise, les connaissances et les compétences sur toutes les questions relevant de la rubrique faire taire les armes d’ici 2020 ;
  • La non-harmonisation des réponses pour une réalisation rapide met en péril les phases de l’objectif. Bien que le Département des affaires politiques fasse également partie de la campagne, le département ne marque pratiquement aucune de ses activités en tant que telle,
  • Le projet semble avoir été peu diffusé et peu visible, ce qui a pu nuire à son appropriation par l’ensemble des acteurs de la communauté africaine. Une note de recherche offre une évaluation de la mise en œuvre du projet continental « Faire taire les armes en Afrique à l’horizon 2020 » présenté par Steve Tiwa Fomekong met en évidence la faible visibilité de l’initiative de l’UA. Il souligne la pauvreté du site internet de l’UA en termes de promotion du projet. Le manque de popularité et de visibilité sur les réseaux sociaux. Selon l’auteur, pour favoriser une plus large appropriation du projet, il conviendrait d’en assurer une plus large diffusion en exploitant toutes les possibilités qu’offrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

À la faible coopération sur le plan décisionnel, répond un manque de coordination au niveau opérationnel. Dans « la Gestion des conflits dans le cadre de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA). Les résultats d’une analyse des interventions menées par l’Union africaine et les Communautés économiques régionales en vue de résoudre et de prévenir des conflits violents en Afrique au cours de la période 2013-2015 » démontre que la faiblesse de l’autonomie des Communautés économiques sous régionales explique le dédoublement institutionnel, symbole de la volonté des États de garder la main sur les compétences qu’ils ont déléguées.


Les causes structurelles inhérentes à l’objectif lui-même qui retardent sa réussite


Si les différents organes antérieurs au Conseil de paix et sécurité de l’UA ont survécu à sa création, et à ce titre revendiquent une certaine légitimité historique, toute l’incidence pratique de leur survivance réside dans la nouvelle structuration du système de sécurité régionale. Reposant désormais sur un attelage de nature verticale, le système de sécurité fonctionne sur la base d’un principe de subsidiarité sans pour autant instaurer une hiérarchie claire en dépit de ce que disent les textes, notamment l’article 16 entre l’UA et les Communautés économiques régionales. Il s’ensuit une nécessaire coordination qui, dans les faits, est loin d’être systématique. R. ADJOVI expliqué dans le chapitre « Le Conseil de paix et de sécurité » issu de son ouvrage « L’union Africaine » que dans ces conditions et eu égard au fait que ces « mécanismes sous régionaux n’aient pas une meilleure place dans le fonctionnement du Conseil [de paix et de sécurité]» par conséquent que le dédoublement institutionnel devient d’autant plus caractéristique des rivalités qu’il les met en capacité de s’opposer à l’UA.


Les Ingérences étrangères et intérêts stratégiques


La littérature des conflits en Afrique fait ressortir les ingérences des puissances étrangères qui minent les efforts de paix. En effet, les interventions militaires étrangères, les ventes d’armes et les soutiens politiques à certains acteurs locaux peuvent avoir un impact négatif sur les processus de paix et de stabilisation en Afrique. Ces ingérences ont alimenté les conflits régionaux en soutenant différents camps.

La présence de forces militaires étrangères sur le continent est préoccupante au-delà du conflit libyen. Le nombre croissant a été reconnu par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine comme un problème vu le nombre grimpant des accords bilatéraux entre les États africains et les gouvernements étrangers.

Les pays africains bénéficient économiquement de la présence de bases militaires étrangères. Un exemple est Djibouti, qui gagne environ 63 millions de dollars par an des États-Unis et 20 millions de dollars de la Chine en louant des parties de son territoire comme bases militaires. Il abrite également des bases militaires britanniques, françaises, allemandes, italiennes, japonaises et espagnoles. Pour des raisons stratégiques, les acteurs étrangers migrent vers l’Afrique pour protéger leurs intérêts économiques. Par exemple, Djibouti est stratégiquement proche du Moyen-Orient et de la mer Rouge.


La prolifération des armes légères, de petits calibres mais aussi d’armes de
gros calibres

Les armes légères et de petit calibre sont facilement accessibles en Afrique, et sont utilisées pour commettre des actes de violence. Leur circulation est alimentée par divers facteurs, tels que les trafics illégaux, les conflits armés, les groupes criminels, etc. Afin de freiner la prolifération des armes illégales, l’UA a entamé le processus de collecte des armes à feu détenues par les civils.

Les récentes conclusions d’une étude cartographique menée par la Commission en partenariat avec le Small Arms Survey (L’atlas des armes : Une cartographie des flux illicites d’armes légères en Afrique (Weapons Compass : Mapping Illicit Small Arms Flows in Africa) soulignent la gravité du problème, révélant que jusqu’en 2017, les civils détenaient environ plus de 40 millions (40 000 000) d’armes à feu sur le continent africain. Cela représente près de 80% de toutes les armes sur le continent et comprend des individus, des sociétés de sécurité privées et des groupes armés non étatiques. En revanche, les estimations du nombre d’armes détenues par les forces de l’ordre et le personnel militaire sont inférieures à 11 millions. De même, une étude récente de l’Institut international de recherche sur la paix (Sipri) montre le rôle prépondérant des pays occidentaux dans la hausse des importations d’armes qui mine les efforts minimes de l’UA. La part des importations d’armes provenant de la Russie par les Etats d’Afrique subsaharienne est passée de 21% durant la période 2013-2017 à 26% au cours de la période 2018-2022.

Clivages identitaire et facteurs socio-économiques comme base explicatif des conflits

Les inégalités qui existent en Afrique, qu’elles soient économiques, sociales ou politiques, conduisent souvent à des conflits qui affectent de manière disproportionnée les populations les plus pauvres et les plus marginalisées. La cause profonde de ces conflits n’est pas nécessairement l’inégalité des revenus, mais plutôt des inégalités non économiques. De plus, les différences ethniques et religieuses jouent un rôle important dans le déclenchement des tensions et des conflits. En fait, lors de l’analyse des conflits africains, l’ethnicité est le facteur le plus souvent cité. Cet accent mis sur l’identité est parfois attribué à un biais culturel chez les africanistes, qui ont tendance à privilégier les explications culturelles par rapport à d’autres approches telles que les analyses volontaristes, historiques ou institutionnelles. Elle s’explique également parce que cette analyse est celle qui s’impose intuitivement en raison de la particularité de la dynamique de la formation de l’État en Afrique, et qui conduit parfois à mettre l’accent sur des facteurs identitaires.


Les ressources naturelles : gestion nébuleuse et source de conflits


La 7ème édition du forum social africain qui s’est ténue à Dakar du 15 au 19 octobre 2014 sous le thème central de : « Crises-conflits, Accaparement des ressources naturelles et interventions militaires. Quels rôles pour les mouvements sociaux ? » a mis en lumière comment les ressources naturelles en Afrique sont des enjeux et également sources de conflits dans un rapport en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert . Nous allons citer cette partie du rapport qui semble être toutefois d’une importance capitale afin de comprendre comment la mauvaise gestion des ressources naturelles entraîne des conflits qui finalement peuvent miner et contribuer à la faiblesse de l’Union africaine ainsi que son action ; « La gouvernance des ressources minérales reflète un moment particulier ; en effet, depuis une dizaine d’années, cette question s’est imposée au premier rang des enjeux du développement en Afrique. La demande mondiale en matières premières tirée par les pays émergents ainsi que des réformes des codes miniers favorables aux entreprises privées, encouragées par les institutions de Bretton Woods ont stimulé les investissements dans le secteur, redynamisant les activités extractives dans les « vieux » pays miniers (Ghana, Guinée, Mauritanie), et prenant la première place des budgets publics jusque dans des pays longtemps perçus comme étant à vocation essentiellement agricole (Mali, Burkina Faso, Tchad, Niger). Aujourd’hui, les relations entre ces activités et les dynamiques politiques, économiques et sociales des pays concernés sont devenues centrales pour leur trajectoire de développement. Partout le constat est le même avec :

  • L’appropriation des terres des communautés locales et leur déplacement forcé dans des conditions de consultation préalable et de dédommagement rarement satisfaisantes ;
  • La destruction des moyens de subsistance et des modes de vie des populations ;
  • Les promesses d’emploi non tenues ;
  • La désagrégation sociale, le non-respect des droits des rares travailleurs locaux ;
  • Les impacts sur l’environnement, la santé, l’absence ou le faible investissement dans l’amélioration des infrastructures susceptibles de concourir au développement local ;
  • Des revenus faibles engrangés par les Etats suite à des contrats souvent léonins car octroyés dans des conditions nébuleuses, etc. Tous ces constats constituent des sources de conflits bien connus de tous. »


En somme, l’échec de l’objectif de faire taire les armes en Afrique en 2020 peut être attribué à une combinaison de facteurs, notamment la persistance des conflits régionaux, la prolifération des armes légères et de petit calibre, les ingérences étrangères, les inégalités socio-économiques, les déficits de gouvernance et les effets du changement climatique. Néanmoins, les difficultés notées dans la mise en œuvre de l’objectif ont permis sa redynamisation tant structurelle qu’opérationnelle, ouvrant dés lors de nouvelles perspectives de réussite

III) 2030, l’horizon des possibles : Vers une Afrique de paix ?

Initialement prévu pour 2020, l’objectif de faire de l’Afrique une terre de paix et de stabilité, cristallisé à travers l’initiative « faire taire les armes » fut renvoyé à 2030. Bien que le contexte actuel prévalant en Afrique puisse rendre idéaliste l’atteinte de cet objectif, cette nouvelle décennie doit servir à redéfinir la stratégie de l’Union Africaine, ce qui passera nécessairement par une redéfinition de l’approche de ses membres.

Appuyer par de nombreux partenaires, l’initiative « faire taire les armes » doit davantage être portée par les gouvernements africains.

Il est important de noter que des efforts non négligeables ont été effectués avec l’aide des acteurs nationaux notamment la réalisation du mois de l’amnistie pour faciliter la collecte d’armes de petits calibres, la tendance positive de ce projet avec la participation de plusieurs pays tels que le Togo, la Côte d’Ivoire, le Libéria, du Niger ou encore de l’Ouganda et la participation active des populations est un point hautement positif quand on sait que la majorité des armes légères sont détenues par des civils. Bien que ces résultats positifs soient notés, la violence ne cesse de grimper en Afrique, ce qui doit amener les gouvernements à s’ériger en acteur principal de la réalisation de cet objectif. Pour cela il faudra :

  • Un renforcement de la coopération à tous les niveaux et particulièrement sur les questions sécuritaires. En effet, la faible intégration africaine se traduit par des « individualismes étatiques » face à des problèmes similaires, établir des coopérations sécuritaires entre pays ou à travers le cadre d’instrument de coopération régionale offrirait de trouver des solutions collectives et annihiler le risque sécuritaire de façon régionale puis globale ;
  • La mise en place de l’architecture de paix et de sécurité serait un atout majeur à la réalisation de cet objectif car elle permettrait de créer un réel cadre et contribuerait à donner du sens à cette initiative ;
  • Des enquêtes et évaluations pour jauger l’évolution de l’initiative localement pourrait être une solution pour dynamiser la réalisation de cet objectif et pourrait permettre de partager les bonnes pratiques afin de le réaliser.

Partenariats internationaux et société civile : un enjeu stratégique pour le futur du projet

L’Atteinte de la paix et de la sécurité a toujours été une préoccupation majeure de l’union Africaine ; l’initiative « faire taire les armes d’ici 2020 » était un projet réunissant plusieurs partenaires internationaux afin de mobiliser les ressources et les compétences nécessaire au projet. Certains de ces partenaires se trouvant en Afrique et pour la grande majorité dans le reste du monde. Ce partenariat a porté certains fruits lorsqu’on constate qu’entre 2014 et 2018, les armes à feu ont dans une certaine mesure été réduites en silence dans certains pays même si des violences armées ont demeuré pendant ce temps dans de nombreuses zones comme dans l’est du Congo et notamment dans le Bassin du Lac Tchad. Il donc important de revenir sur les perspectives qui peuvent être tirés de ces coopérations qui ont eu lieu :

  • Mettre en place une stratégie de coordination et de communication effective entre l’Union Africaine et les différents partenaires économiques. Malgré les efforts déployés pour conduire les actions des partenaires internationaux, il y a eu plusieurs problèmes de coordination qui ont logiquement conduit à une baisse et continuellement une perte de l’efficacité ; il s’agit donc pour ces institutions et pays de trouver une façon de coordonner leurs activités sans aucun blocage de la part d’un membre afin d’arriver aux performances optimales que demandent le projet ;
  • Une mise en place de ressources suffisantes pour le bon déroulement du projet ; Bien que les différents partenaires aient contribué financièrement à l’initiative, cela été insuffisant pour pallier les besoins économiques du projet qui est pour le moins extrêmement couteux en Ressources financières et énergétiques ;
  • Un engagement à long terme pour le projet. Les partenaires ont pour la plupart eu une approche à court terme dans leur soutien à l’initiative de faire taire les armes d’ici 2020. Cela a eu pour effet de créer une déstabilisation dans les efforts de maintien de la paix et la résolution des conflits donc de compliquer grandement la mission de l’Union Africaine. Il s’agirait donc pour l’Union de s’assurer au début de chaque projet, un engagement à long terme de la part des futurs partenaires pour qu’il n’y ait pas des déséquilibres par la suite ;
  • La confiance et la reconnaissance par les partenaires internationaux concernant les capacités Africaines en matière de Paix et de sécurité. Tout au long du projet, une approche paternaliste fut flagrante chez les différents partenaires vis-à-vis de l’Afrique notamment une Sous-estimation des capacités Africaines dans la résolution des Conflits et la promotion de la paix. Il s’agirait donc pour ces partenaires de donner leurs confiances leur confiance à l’Afrique afin de rendre la coopération effective ;
  • Un besoin de responsabilité et de transparence de la part des partenaires internationaux. Les partenaires internationaux ont pour la plupart refusé l’idée de rendre des comptes et des rapports concernant les résultats de leur soutien à l’initiative. Cela a eu pour effet de créer une atmosphère de soupçons qui a créé des obstacles pour la suite du projet.


L’Intégration de la société civile dans le projet « faire taire les armes d’ici 2020 »


En analysant les divers partenariats de l’Union Africaine, force et de remarquer une absence considérable de la société civile et de ses différents démembrements dans les différents projets menés par l’Union. Il s’agirait donc d’enclencher une participation active de cette société civile notamment à travers :

  • Une sensibilisation des populations sur ce type de projet. Vu l’importance que représente ce genre d’initiative pour le continent africain tout entier, il est paradoxal de constater un manque d’information de la population sur cette dernière. Cela a pour effet dans un premier temps de limiter l’expansion du projet et surtout d’amplifier la méfiance des populations vis-à-vis de ce type d’initiative duquel ils sont exclus ;
  • Mettre en place des structures adéquates pour permettre une communication effective entre les membres de la société civile pouvant apporter une contribution au projet et entre l’Union Africaine. Il s’agit donc pour l’union de faire une Politique d’ouverture basée sur la coopération et le long terme pour espérer toucher le maximum de zones avec l’initiative.

Sur le continent africain, les femmes et les jeunes sont dans la plupart des cas les principales victimes au lendemain des guerres et des conflits armés. Pour mettre fin à ce cycle, plusieurs réformes au sein des projets de l’Union pourraient constituer des solutions :

  • Une intégration des femmes dans ce type de projet : Étant l’une des principales victimes des conflits armés à travers les violences sexuelles, la déportation et l’enlèvement. La place de la femme dans ces instances et projets n’est plus à remettre en cause. Il faut donc renforcer leurs voix dans les prises de décisions relatives à la prévention et la résolution des conflits ;
  • L’engagement de la jeunesse à travers son potentiel inexploité : Les jeunes représentent à ce jour plus de la moitié des effectifs du continent Africain. Cependant force est de constater un manque de participation de ces derniers dans les projets essentiels de l’Union Africaine. Il s’agirait donc dans un premier temps de mettre en place des programmes de formation des jeunes dans les projets phares de l’Union par des experts qui pourront leurs transmettre l’expérience du terrain et les compétences nécessaires pour assurer à leurs tour la réussite des différentes missions à venir.


La participation de la société civile sera sans doute l’une des meilleures solutions pour l’Union Africaine notamment pour :

  • Une expansion de l’impact des différents projets : La nouvelle participation des jeunes et des femmes sera sans doute l’un des moyens les plus innovants d’arriver aux objectifs visés par l’Union à travers un déploiement à très grande échelle sur le continent et surtout par la nouvelle vision qui pourra être mise en place. Le nombre immense des membres de la société civile pouvant participer, pourrait garantir des possibilités de performances sur le terrain jusque-là jamais atteintes ;
  • Une restructuration des projets : En analysant les lacunes comme celles qui ont été relevés en amont, elles sont pour la plupart dues à des manques d’initiatives et d’innovation de la part des structures de l’Union qui la plupart du temps ne fait que tourner en boucle sur elle-même. Cette participation de la société civile pourrait être la clé pour arriver une restructuration et une priorisation à la fois des projets en cours et à venir

Référence bibliographique

  • Union africaine, Agenda 2063. L’Afrique que nous voulons, 2015 Union africaine, Feuille de route principale de l’union africaine sur les étapes pratiques pour faire taire les armes d’ici 2020 (Feuille de route de Lusaka 2016), 2016 Union africaine, Silencing the Guns in Africa, AU Echo, Annual Magazine, 2020 Uppsala Conflict Data Program, en ligne :
    https://ucdp.uu.se/encyclopedia
  • Palik et al. – Conflict Trends in Africa, 1989–2021, PRIO Paper 2022
  • Crises et conflits en Afrique de l’Ouest Quelle politique sécuritaire face aux menaces ? Fondation Friedrich Ebert et forum social africain, 2014

Webographie

  • Silencing the Guns in Africa by 2020 Achievements, opportunities and challenges Wafula Okumu, Andrews Atta-Asamoah and Roba D Sharamo -ISS
  • Conseil de l’Union européenne (2016), « Stratégie de l’UE à l’égard de la Chine prevenir-et-attenuer-le-risque-de-detournement-darmesen-afrique, Briefing Avril 2022 – Saferworld
  • LES NOTES DU CÉRIUM 17 mars 2021 « Faire taire les armes en Afrique à l’horizon 2020 » : quel bilan ? Par Steve Tiwa Fomekong
  • AU rolls out framework for monitoring and evaluating the status of
    African regional integration | African Union

Sous la direction de : Seydou Daffe
Co–rédigée par : Abel Djibo Alfari, Fatimata Ly, Paul-Imrane N’Djoré, Soukeye Ndiaye

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